L’Allemagne en Afrique

3) Bertin Nyemb, le germaniste qui rapproche deux cultures

14.08.2026, 12:07

Originaire du Cameroun, ce spécialiste de la langue et de la littérature allemandes a fait de l'interculturalité le fil conducteur de son parcours universitaire et professionnel.

Pour le chercheur et enseignant camerounais Bertin Nyemb, la langue allemande n'est pas seulement un ensemble de règles grammaticales complexes, mais un puissant vecteur d'échange culturel par-delà les frontières.

Professeur invité ce semestre à la Haute école pédagogique de Karlsruhe (PHKA), dans le sud-ouest de l'Allemagne, dans le cadre d'une bourse du Service allemand d'échanges universitaires (DAAD), il consacre ses travaux aux relations entre les cultures et aux questions d'altérité.

Tracer sa propre voie à force de sacrifices

Rien ne prédestinait pourtant Bertin Nyemb à cette trajectoire. Issu d'une famille camerounaise où la discipline et le respect des aînés occupent une place centrale, il choisit d'apprendre l'allemand comme troisième langue étrangère à l'école, simplement parce que ses frères et sœurs aînés avaient opté pour l'espagnol. « L'allemand était pour moi la chance de tracer ma propre voie », confie-t-il, cité par le DAAD.

Séduit par la complexité de cette langue, il suit les conseils de son professeur et entreprend des études universitaires. Ses débuts à Yaoundé sont toutefois particulièrement difficiles. Si ses parents parviennent à financer ses frais de scolarité, l'étudiant doit multiplier les cours particuliers et les petits boulots pour subvenir seul à ses besoins quotidiens, se couchant fréquemment le ventre vide.

Du choc culturel au doctorat sur Thomas Mann

Le tournant décisif survient en 1997, lorsqu'il décroche une bourse du DAAD pour passer un an à l'Université de la Sarre, à Sarrebruck, une ville de l'ouest de l'Allemagne. Le choc est alors autant linguistique que culturel. Habitué aux structures familiales camerounaises, il peine notamment à appeler sa mère d'accueil par son prénom et doit s'adapter à un modèle de vie familiale dans lequel les enfants ont également leur mot à dire.

Après un master à Yaoundé, il retourne en Allemagne pour préparer un doctorat à l'Université de Brême, consacrant sa thèse à « L'interculturalité dans l'œuvre de Thomas Mann », l'un des grands écrivains allemands du XXe siècle et lauréat du prix Nobel de littérature en 1929. Toujours soutenu par le DAAD, auquel il se dit profondément redevable, il s'engage parallèlement auprès du syndicat étudiant AStA de Brême pour accompagner les étudiants étrangers. Un engagement qui lui vaudra plusieurs distinctions.

Un pont entre deux mondes

Docteur en 2007, Bertin Nyemb choisit de rentrer au Cameroun et d'enseigner à l'Université de Yaoundé I, avec l'ambition de contribuer au développement de la germanistique. Depuis, il œuvre à favoriser les échanges scolaires et universitaires entre le Cameroun et l'Allemagne.

Pour aborder les réalités de la migration et de l'altérité, il s'appuie notamment sur les récits d'auteurs issus de l'immigration, comme l'écrivain syro-allemand Rafik Schami. Une approche qui trouve un écho dans un contexte où l'intérêt pour l'allemand progresse au Cameroun, notamment sous l'effet de la demande de main-d'œuvre qualifiée en Allemagne.

Un regard postcolonial sur la littérature jeunesse

À Karlsruhe, il étudie l'héritage postcolonial dans la littérature jeunesse contemporaine, en analysant la manière dont les structures de pouvoir issues de la période coloniale restent visibles dans la représentation des personnages blancs et noirs.

Au-delà de l'université, Nyemb a fondé l'ONG « Association pour la Promotion des Valeurs au Cameroun » (PROVAC), qui promeut l'honnêteté et le respect auprès des jeunes Camerounais à travers des événements et des émissions de radio. Il s'attache également à sensibiliser les étudiants allemands aux conditions de vie au Cameroun, entre pauvreté étudiante et coupures d'électricité récurrentes, notamment lors des séminaires, afin de susciter chez eux une prise de conscience de leurs propres privilèges.