Technologie financière
2) Burkina : Une plateforme de crowdfunding dédiée au développement
27.10.2025, 14:36
Permettre aux Africains d’investir en faveur de l’Afrique, c’est ce à quoi œuvre le Burkinabè Batiana Nacro à travers sa plateforme de financement participatif, dédiée aux infrastructures et aux projets de développement. Première en son genre au Burkina Faso, « Terra Biga » s’adresse à la fois aux citoyens, à la diaspora et aux organisations désireuses de contribuer dans des projets locaux fiables, couvrant des secteurs clés tels que la santé, l’éducation, l’immobilier, l’agriculture et les énergies renouvelables.
Cofondateur et directeur général de Terra Invest SA, une entreprise évoluant dans les infrastructures et la fintech, Batiana entend promouvoir un modèle de financement participatif panafricain, capable de mobiliser les ressources endogènes pour des projets à fort potentiel social et économique. Diplômé d’un Master en Droit, Économie et Gestion, avec un parcours en ingénierie de projets et politiques publiques, le trentenaire a également travaillé à Londres en tant qu’analyste financier au sein d’une équipe de Business Intelligence. C’est là qu’il a développé son intérêt pour les solutions digitales et leur pouvoir transformateur.
Offrir aux Africains la possibilité de mutualiser leurs ressources
De retour dans son Burkina Faso natal en 2020, il fonde Terra Biga avec l’ambition d’offrir aux Africains la possibilité de mutualiser leurs ressources pour financer des projets structurants, sans dépendre uniquement des financements extérieurs. « Juste avant de quitter Londres, j’ai suivi un cours en ligne de la Banque mondiale révélant que les pays en développement devront mobiliser 1 500 milliards de dollars par an d’ici 2030 pour combler leurs déficits en infrastructures », indique Batiana dans un entretien accordé à la dpa.
« Face à ce constat, j’ai voulu réfléchir à une réponse africaine. Le financement participatif, encore peu exploité sur le continent, m’est apparu comme une solution pour mobiliser l’épargne locale au service du développement communautaire », ajoute-t-il. Pour lui, sa plateforme intervient également comme une réponse à un contexte nouveau marqué par « le désengagement progressif » de certains bailleurs internationaux, à l’instar de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID).
Une alternative aux financements traditionnels
« Les pays africains ne peuvent plus compter sur certains financements traditionnels. Cela rend encore plus urgent le développement de solutions innovantes et durables pour combler les déficits », explique-t-il. L’approche novatrice de Terra Biga a rapidement attiré l’attention des institutions. En 2024, la plateforme a signé un Mémorandum d’Entente, avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), dans le but de promouvoir les mécanismes de financement alternatifs et participatifs.
De cette collaboration est née la campagne « #TousEnsemblePourTibga », menée en partenariat avec Francis Kéré, architecte germano-burkinabè et lauréat du Prix Pritzker, la plus haute distinction internationale en architecture. Selon Batiana, la campagne a enregistré plus de 500 contributions, locales et internationales, près de 12 000 euros mobilisés et plus de 50 000 bénéficiaires directs.
D’ici 2026, le Burkinabè ambitionne d’intégrer au moins 100 projets sur sa plateforme, portés par des acteurs publics, privés et institutionnels, notamment les agences des Nations Unies. Il souhaite aussi déployer sa plateforme dans les huit pays de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), première étape avant une extension à toute l’Afrique de l’Ouest, puis au continent entier.